Blablabla

Aujourd’hui je suis parti

La mort de Socrate / David (extrait)
Socrate par David

Aujourd’hui, vendredi, je suis parti.
Il faisait froid, je retournais travailler après mon déjeuner. J’ai dépassé la porte. Comme ça, en pensant au cours de sport du soir et au muffin qu’il permettait, je l’ai dépassée.
J’ai continué à marcher dans la rue, sans y penser. Je me suis contenté de ne pas tourner, de ne pas rentrer. J’ai gardé mes mains bien au chaud au fond de mes poches idéales et j’ai suivi la rue, en occultant ce non-choix « oui un muffin au nutella hmm ». J’ai tourné et retourné pour éviter de m’arrêter au feu. De prendre acte. Une petite victoire de l’inconscient sur le conscient. Ce n’était qu’un petit fait d’arme insignifiant dans une guerre perdue d’avance. Mais je continuais à marcher.

Et là, j’ai croisé Charlotte. Comment expliquer Charlotte ? Une des lieutenants du groupe de fillettes qui cherchait à établir sa domination en primaire. L’innocence des enfants.. Quelle blague. Une société aussi structurée, aussi hiérarchisée, déjà corrompue par les même maux que celle des adultes. Je ne sais à quel moment l’on cesse de se souvenir de son enfance telle qu’elle était pour en avoir la nostalgie. Moi je me souviens d’un monde sans liberté, avec des codes sociaux stricts et punitifs le temps de l’école (donc la majorité du temps). Alors oui, nous n’avions pas encore cette boule dans la gorge, ce poids sur la poitrine en essayant de voir ou de camoufler le futur. Certes. Toutefois, je préfère mille fois avoir le choix de me rouler dans le Nutella (encore) ou d’aller où bon me semble à la pseudo-insouciance de l’enfance.

Charlotte donc. Ce n’était probablement même pas elle. Mais sa peau laiteuse qui me dégoutait vaguement, sa moue alanguie pleurnicharde, ses pulls beige à bouloches aussi fades qu’elle, tout était là. Pourquoi ce dégout ? Au-delà du fait que c’était l’image même de « la chouinasse » et que ces gens-là (les « faibles ») on ne les respecte pas (surtout quand, en plus, ils ont le mauvais goût d’être méchants). Et puis, sans qu’il en soit fait mention, même dans des villes où il n’est pas possible de connaitre le logis ou la famille de chacun, nous savions ceux qui étaient de « mauvaises fréquentations », c’est à dire d’un niveau social et économique plus bas que la moyenne d’entre nous. Adorables bambins. On a beau ne pas mettre de mots dessus, on sait qu’ils sont d’un autre monde, mais ces impressions sont-elles communiquées par les parents ? Je ne me rappelle pas avoir entendu les miens évoquer cette question et nous n’étions pas encore bien bourgeois à l’époque. A quel degré influençons-nous la vision de nos enfants ? Au-delà des paroles répétées (lui refusant des bonbons pour cause de bourse vide, une petite que je gardais m’avais demandé si je venais d’un autre pays, merci le JT)  comment leur laisser une page à peu près blanche ? Nous-même, quelle difficulté d’essayer en permanence de reconsidérer ses façons de penser, ses automatismes, ses raccourcis (par exemple notre rapport au véganisme).

Et ? Et c’est tout, je n’avais pas de paletot crevé, il faisait froid, à mon front ce n’étaient pas des gouttes de rosée : je suis retourné au bureau et je vais me fournir en Heidegger.

Rimbaud
Pardon Arthur

 

 

 

 

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