#Jecraque·Blablabla·Non classé

On ne lâche rien

Mon grand-père nous racontait que lorsque les Américains les ont rejoint au Maghreb lors de la Seconde Guerre Mondiale, ils dressaient des tables décorées de grands saladiers de bonbons et autres confiseries. Face à cette abondance qui contrastait certainement avec leur situation initiale, mon grand-père et les autres Français sur place se sont jetés sur les saladiers qu’ils ont vidés dans leurs poches sans y laisser un dragibus ou une réglisse.

Cette touchante histoire sortie de tout contexte exprime bien un comportement que l’on retrouve fréquemment en France ou qui du moins semble ressortir à l’étude de nos voisins (« han mais n’importe quoi, une fois j’étais à Barcelone et on m’a volé une chaussure, UNE CHAUSSURE »). Bref.

Comment expliquer qu’au Mexique ou en Russie, les passagers du bus paient strictement ce qu’ils doivent au chauffeur, l’argent passant de main en main, de l’arrière à l’avant du bus, aller et retour sans déperdition ou qu’en Autriche on puisse acheter son journal en laissant sa monnaie dans la boite ou qu’au Portugal les voitures s’arrêtent systématiquement au passage piéton (« pfff moi parfois je m’arrête hein ») alors que l’on n’imagine pas une seconde que ce soit applicable en France, que nous aurions le civisme, la politesse (le bon sens ?), l’éducation, l’honnêteté, le respect, que sais-je, de faire de même.

Serait-ce parce qu’en France « on ne lâche rien » pour reprendre ce mot cher aux cœurs des manifestants de tout poil (dont je fais partie quand il fait beau) ? Comme si nous avions toujours peur que l’on nous prenne quelque chose, que l’on empiète sur nos possessions, sur ce qui nous revient de droit (ou pas). Et que par extension nous soupçonnions « l’autre » de vouloir nous voler, nous spolier, que cet « autre » soit l’État, les « étrangers » ou notre voisin ( « les branches de ses troènes empiètent sur notre jardin, je vais lui faire raser sa haie à lui tu vas voir ! « ).

Il serait absurde de tisser sur une généralité, parce que j’imagine qu’il y a bien des contre-exemples, comme la fois où on a failli me rouler dessus à Londres (mais c’était peut-être un Français ?), toutefois je me demande si historiquement il n’y aurait pas un héritage, une continuité (aux barricades ! Aux barricades ?) qui expliquerait ce trait. Car il me semble, que cette position, si elle est utile voire nécessaire pour défendre nos droits (de la personne, du travail, etc.), a sa contre-partie dans la crispation qui opposerait « Français » à « Musulmans » (comme s’il s’agissait de deux propositions séparées), ou « Rebeus » à « Chinois », ou végétariens à « normal » (coucou la dissonance cognitive) ou hétéros à homos. Comme si les droits de l’un empiétaient forcément sur les droits de l’autre, comme si l’espace des droits était clos et inextensible (comme une arène ?) qui conduit les uns comme les autres à projeter leur paranoïa délirante sur l’objet de leur incompréhension ou de leur peur. Mais cette crispation ne serait-elle pas la projection justement de notre comportement systématisé à cet autre que nous connaissons mal ou pas ou de manière déformée (je remercie ici TF1, M6 et les JT de manière générale) ?

[Interlude raccourci]

Observant depuis des années les comportements amoureux de mes ami(e)s, j’ai noté que les personnes qui craignaient le plus de se faire tromper sans raison apparente (en l’absence d’indices, de comportements, d’historiques en défaveur de leurs partenaires) sur de longues périodes étaient ceux qui étaient le plus enclins à le faire justement ou qui l’avaient déjà pratiqué (plus qu’un « dérapage » donc). Nous avons tendance à appliquer aux autres notre mode de pensée et de fonctionnement, donc logiquement si nous nous sentons faibles face à l’appel de la chair, pourquoi ce ne serait pas le cas de l’autre ? Ne serait-ce pas applicable à notre mode de fonctionnement en société ? 

[Fin de l’interlude]

Peut-être projetons-nous plus facilement nos « mauvais côtés » sur les autres parce qu’il est plus facile de les identifier que nos « bons côtés » ? En général on sait quand on agit « mal » mais il est plus difficile, je crois, de savoir quand nous agissons « bien » si ce n’est dans le cadre d’une action reconnue comme telle (faire du bénévolat, aider une mamie à traverser, ramener le portefeuille plein à son propriétaire, etc.). D’ailleurs, parvenons-nous à penser que nous sommes « quelqu’un de bien » de notre propre chef ? Si non est-ce de la modestie, des traces religieuses, de morale ? Pensons-nous être « quelqu’un de mauvais » plus facilement ? Ou nous voyons-nous comme des êtres « neutres », ni bons, ni mauvais ?

Ou peut-être est-ce totalement inconscient ? Engoncés dans le quotidien, noyés sous des informations contradictoires et calibrées dans un but ou un autre, maltraités à différents niveaux par un monde/société qui peine à démontrer son impartialité et à éviter l’injustice nous défendons férocement notre pré carré, nos « privilèges », nos « droits », parce que nous avons le sentiment que personne d’autre ne le fera, que nous sommes face à quelque chose qui nous dépasse, que nous ne discernons pas clairement, qui ne nous fera pas de cadeaux ?

Il y a bien sûr d’autres explications, des analyses bien plus approfondies que ce rapide billet, sillon consciencieusement tracé, et je ne suis ni sociologue, ni psychologue, je serais d’ailleurs ravi d’avoir votre sentiment sur le sujet. Cela dit, il me semble que si nous développions notre bienveillance à l’égard des autres et surtout de nous-même, nous nous décrisperions peut-être : plus de réflexions, moins d’opinions. Nous avons beau être une poussière, celle-ci peut piquer en se logeant dans un œil comme briller à la lumière du soleil (violons Maestro !), à chacun de jouer.

La semaine prochaine nous évoquerons l’abus de présence familiale combinée à la consommation élevée de spiritueux en période des fêtes et ses conséquences pour notre santé mentale.

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